Mon accouchement : ce jour gravé à jamais dans ma chaire.

Allez, depuis le temps que je vous en parle, je vais enfin vous en dire plus sur mon accouchement. J’avais besoin de prendre le temps pour le digérer… En partie au moins… Et 19 mois après, j’arrive beaucoup plus facilement à en parler. 
Il faut d’abord vous dire que ce moment, je l’appréhendais avant même d’être enceinte. Comme je vous le disais dans mon article « Et si la maternité n’était pas une évidence », les accouchements dans mon entourage ne font pas parti de ceux qui font rêver (pour ne pas dire qu’ils vous donnent envie de fuir). Malgré tout, j’ai tout fait pour ne pas y penser de manière négative pendant ma grossesse. J’ai imaginé divers scénarios et nous les avons tous évoqués avec Papounet qui m’a accompagné à chaque rendez-vous, à chaque séance de préparation à l’accouchement, à chaque visite. Nous avons rédigé ensemble un projet de naissance qui a été transmis à la maternité et le plus important pour nous, ce que nous évoquions à chaque fois avec les équipes, c’est que, quoi qu’il se passe, nous souhaitions restez ensemble. 
Nous avons également choisi à deux la maternité, après de longues discutions et des visites afin de confirmer notre choix. Nous souhaitions un lieu où les équipes seraient le plus possible à notre écoute et dans le respect de nos choix. Cette maternité est réputée pour cela.
Dans les grandes lignes, je souhaitais rester mobile le plus longtemps possible et donc profiter d’une péridurale ambulatoire, je ne voulais pas d’épisiotomie, sauf en dernier recours et en me prévenant, j’espérais pouvoir profiter des divers équipements proposés (ballons, baignoires, lianes de suspension, …) et surtout, que mon homme reste avec moi, quoi qu’il se passe. 

Le jour J est donc arrivé, avec 4 jours d’avance. La journée avait été plutôt active puisque j’avais fait du ménage et du rangement. Nous étions à table et à 21 h 00, alors que j’étais assise sur mon ballon, j’ai senti comme un craquement dans le bas-ventre. Je me suis dit que j’avais rompu la poche et je suis donc allez aux toilettes, mais rien, aucune perte de liquide. Nous avons donc continué notre repas, puis vers 22 h 00, alors que nous débarrassions, j’ai ressenti une violente douleur dans le bas du ventre et du dos. Je me suis retrouvée assise par terre, sans comprendre ce qui se passait. Dans mon imaginaire, les contractions commençaient toujours « doucement » et s’intensifiaient dans le temps. Ça ne pouvait donc pas être une contraction. (Ma sage-femme m’a expliqué plus tard que je faisais parti des femmes qui « n’ont pas de chance », et ce sont ses mots.) J’ai pensé à une douleur ligamentaire, je suis donc montée me faire couler un bain. À 22 h 15, la même douleur, toujours aussi violente, pendant quelques secondes. Je me plonge dans mon bain, avec 2 Spasfons, pensant que ça va passer, mais 15 min après, rebelote. Bon, le doute est encore permis, mais ça commence à se préciser. Je m’entends encore dire à Papounet « mais si c’est ça et que ça doit être plus fort à un moment, j’ai beau ne pas être douillette, je ne vais jamais tenir ! ». Vers minuit, nous décidons que je ne peux pas rester comme ça, on jette les sacs dans la voiture et en route pour l’aventure. Sur la route, je ne sais pas comment me mettre et les contractions qui arrivent maintenant toutes les dix minutes, me donnent l’impression que la trentaine de minutes de route a durée 3 h 00.
Arrivé à la maternité, non sans mal, on m’ausculte et on m’annonce que mon col est à 1, mais étant donné l’intensité de ma douleur et le temps de route, ils me gardent pour la nuit. La sage-femme m’annonce qu’ils vont m’administrer de la morphine pour essayer de calmer la douleur. Au point où j’en suis, donnez moi ce que vous voulez ! On m’installe en chambre, la plus éloignée de la salle d’accouchement, car il y a du monde ce soir-là. S’en sont suivies 4 autres injections de morphine, une par heure, pour tenter de me soulager, hélas sans effet (sauf celui de me donner l’air complètement alcoolisée selon z’homme). À la dernière, vers 5 h 00 du matin, la sage-femme m’explique que si dans une heure je ne me sens pas mieux, il faudra que je me rende en salle d’accouchement pour décider de la suite à donner. Vers 6 h 00, aucune amélioration, c’est donc parti pour une traversée de la maternité, comme je peux. Arrivée devant la porte, Papounet sonne, 1 fois, 2 fois, 3 fois… Je ne sais plus combien de fois exactement, mais je suis restée environ 15 min-là, assise (affalée) sur ces fauteuils rouges, en m’imaginant accoucher dans ce couloir.

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Quand on nous ouvre enfin, direction une salle d’examen où on m’annonce que je suis à 3 et qu’ils vont donc pouvoir me poser la péridurale. Je vois l’anesthésiste arriver et je suis soulagée, car c’est celui qui m’avait reçu en consultation et avec qui nous avions longuement discuté. Il est le plus doux possible et tout se passe bien. C’est à moi de doser la péridurale et d’appuyer sur le bouton magique, dès que j’en ressens le besoin. Mais cette sensation de jambes cartonnées me fait flipper et je n’appuie pas aussi souvent que je le pourrais… devrais Les heures passent et rien ne se passe. Je commence à avoir faim (Non mais sans déconner, qu’elle idée de manger un guacamole alors que l’on risque d’accoucher ? Un bon plat de pâtes ou de riz tous les soirs oui ! ), je suis épuisée, mais grâce à la péridurale, j’arrive à m’assoupir un peu entre les contractions. Mon homme diffuse de la musique pour m’aider à me détendre, une playlist que nous avions soigneusement sélectionné ensemble. À un moment, la sage-femme me dit que je devrais reprendre une dose de péridurale et j’appuie donc sur le bouton. Cinq minutes après, je supplie mon homme de me trouver un récipient pour vomir, ne voulant pas le faire par terre, mais hélas, il ne trouve rien. Moi qui avais déjà le ventre vide, je viens de vomir le peu qui me restait, et j’ai honte d’imposer ça au personnel. Les minutes s’écoulent, lentement, et le cœur de notre Bibou commence à se fatiguer. Je le vois bien sur le monito et ça m’inquiète. Les sages-femmes commencent aussi à s’inquiéter et tandis que l’une dit qu’il faut faire venir l’obstétricienne l’autre lui répond qu’elle est au bloc et la première insiste. J’assiste à cette scène, impuissante. J’ai mal, je suis épuisée, je sais que mon bébé ne va pas bien et je ne sais pas comment faire pour l’aider. Une première obstétricienne arrive, m’ausculte, et m’annonce que l’on va commencer à me préparer pour une césarienne, au cas où. Papounet est toujours présent et tente de me soutenir comme il peut. On me rompt la poche des eaux, en espérant que ça aidera. Il y a maintenant du monde qui vient me voir beaucoup plus régulièrement. On me prépare physiquement et mentalement. Une seconde obstétricienne arrive, la première ayant fini sa garde. C’est celle qui m’a suivi et a qui j’ai tout expliqué. Je suis donc rassurée, elle me connaît. Elle confirme que le cœur de mon petit bonhomme fatigue et qu’il faudra peut-être passer par la césarienne. Pendant plus de deux heures, on me prépare… Mais en fait, à ce moment-là, je suis prête. Tout ce que je veux, c’est que mon fils aille bien, quelle que soit la manière d’accoucher. J’ai envie de leur hurler de faire ce qu’elles ont à faire, mais je suis trop « bien élevée » pour le faire. Je subis. 

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Et puis, il y a cette sage-femme, plus âgée que les autres, qui a un moment décide qu’il est temps d’y aller et m’annonce un « Allez, on va se le tenter par voix basses ce petit !» 
Ben oui, allons y gaiement, je suis au bout du rouleau, mais allons y ! 
Pour rappel, je travaillais dans le milieu médical à ce moment-là, j’avais échangé avec des collègues médecins et je m’étais beaucoup documenté. Je demande donc s’il y avait du glucose (sucre) dans la perf qui coule dans mes veines, d’une part, car j’ai besoin d’énergie, d’autre part, car une étude venait de paraître, expliquant que le glucose accélérait le travail. Bien sûr, il n’y en avait pas, on me propose donc du sucre que j’accepte. Une personne me vide un gros sachet de sucre sous la langue, j’ai la bouche pleine, et là, la sage-femme me sort : « Allez, on pousse maintenant ! ». Je ressemble à un hamster, je suis à la limite d’étouffer et elle me demande de pousser. Elle est drôle quand même cette dame. Bref, je pousse de peur de me faire engueuler, moi la chiante qui demande du sucre. Et je pousse encore, et encore, et encore… Au bout de 15 min, rien ne se passe et le cœur de Bibou bat de plus en plus lentement, tandis que le mien s’emballe. L’obstétricienne revient donc, on lui enfile une blouse, mais ça ne va pas assez vite et elle le fait savoir. Elle enfile des lunettes de protection, et moi, j’assiste à tout ça, comme une spectatrice de mon propre accouchement. Elle s’installe, je pousse encore une fois et là, elle m’annonce ce qui me faisait plus que peur, les forceps. Pas le choix, il faut y aller. Heureusement, Papounet a le droit de rester avec moi, et je sais que ça n’est pas toujours le cas. C’est une vraie chance pour moi. J’ai mal, les larmes coulent et je me fais engueuler comme une petite fille « Oh, mais ça va madame, vous avez la péridurale quand même ! ». Heu, désolé, mais oui, j’ai mal et je ressens tout. Après quelques secondes, elle me demande finalement ce que je ressent exactement et là elle comprend que je ne blague pas et demande à la sage-femme de me remettre une dose de péri.
 Puis, je sens comme si quelque chose s’ouvrait, je demande ce qui se passe et on m’annonce que l’on vient de me faire une épisiotomie. Ah, oups, c’est vrai, vous deviez demander le « consentement éclairé » de la patiente. Pas grave, ça n’est que mon corps après tout. Et là, notre amie la sage-femme décide de me donner un coup de main, en pratiquant une expression abdominale, c’est à dire de m’appuyer sur le ventre pour accélérer les choses. Seulement, ce geste est INTERDIT depuis 2007 puisque dangereux, pouvant provoquer, entre autres, des ruptures utérines, des déchirures périnéales et anales, fractures, etc … Et je le sais, donc je hurle sur la sage-femme. Je vois l’obstétricienne lui lancer un regard et lui faire non de la tête. Est ce qu’elle était contre ou s’est-elle dit que si elle insistait, j’allais leur coller une plainte ? Je ne le saurais jamais, mais la sage-femme a enlevé les mains de mon ventre. Je pense à toutes les femmes qui n’ont pas cette « chance ». 
Après de longues minutes à sentir les forceps m’écarteler, Bibou pointe enfin le bout de son nez, puis le reste de son corps. Il est là, dans mes bras, il respire, il pleure, son cœur bat. C’est un tel soulagement ! Je n’en peux plus, je suis à bout, mais mon fils est en vie et paraît aller bien. Je ne ressens plus que de l’amour à cet instant précis. La puéricultrice nous demande le prénom de mon Bibou, et alors que nous en avions encore 5 en liste, je regarde Papounet et lui demande « alors, il s’appelle comment notre fils ? » Et avec un grand sourire, il annonce « Manoë ». Je relève la tête, et là, je vois le visage de l’obstétricienne, tacheté de sang… Beurk Elle a bien fait de mettre des lunettes. La délivrance ne m’a pas marquée. En revanche, l’obstétricienne m’a recousue pendant environ 20 min et je ressens tout, l’aiguille, le fil… Je sais que je saigne car elle le dit très souvent à la sage femme « Bon sang, je ne vois rien de ce que je fais ». Mais je ne sais pas ce qui se passe réellement à ce moment-là, puisqu’à chaque fois que je relevais la tête, j’avais droit à un « Occupez vous de votre bébé madame, pas de ce que je fais »… Je ne saurais jamais combien j’ai eu de points au final, on ne me l’a jamais dit, même quand je l’ai demandé… 

La suite ? Des jours à souffrir, a ne pas pouvoir m’occuper de mon fils. Heureusement, Mon homme est resté avec moi durant les 5 jours à la maternité, jours et nuits. J’arrivais à peine à me lever et je redoutais le retour à la maison à cause des escaliers. Marché était un vrai calvaire. Après quelques semaines, ma sage-femme, pendant une séance de rééducation, a remarqué que des points étaient beaucoup trop serrés. Un petit coup de scalpel et j’ai pu chanter « libérée, délivrée » en boucle.
Aujourd’hui encore, j’ai des douleurs et la cicatrice est bien présente. Elle fait maintenant partie de mon quotidien. J’ai souvent fait des cauchemars sur mon accouchement et je commence seulement à m’apaiser. Pendant longtemps, je me suis interdit de « me plaindre », car je considérais qu’il y a pire. Et c’est vrai, il y a bien pire, mon fils va bien, moi je ne vais pas si mal. Mais l’équipe du centre de périnatalité, qui m’a suivis pendant quelques mois et m’a permis de poser des mots sur mes maux, m’a aussi fait accepter que mon accouchement faisait parti des accouchements dit « difficiles » et que oui, j’ai bien subi des choses que je n’aurais pas dû subir. Je n’oublierai jamais ces 16 H de souffrance. 

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Malgré cela, je n’en veux pas à la maternité, ce type de scène est dépendante de l’équipe et de l’activité au moment de l’accouchement. D’ailleurs, si je dois de nouveau accoucher un jour, je retournerai probablement là-bas. Et je n’en veux même pas réellement à l’équipe, car je connais leurs conditions de travail. J’ai, étonnement, complètement oublié la tête de la super sage femme qui pratique encore comme au siècle dernier (ok, je lui en veux quand même un peu à elle).
Je sais que cet article est long et si vous êtes arrivé jusque-là (bravo), c’est que celui-ci vous a probablement un peu touché. Je ne me considère pas comme une victime, même si certaines personnes utilisent ce mot quand nous parlons de mon accouchement. Cependant, il y a encore aujourd’hui des pratiques d’un autre temps et ça doit se savoir. Je considère avoir été dépossédée de mon corps pendant mon accouchement, je n’ai pas eu les mêmes droits que n’importe quel patient conscient et ça, je ne l’accepte pas. Il n’y a qu’en parlant que nous arriverons peut-être à faire évoluer les choses, alors n’hésitez pas. 
Et surtout, si vous avez vous aussi l’impression que vos droits n’ont pas été respectés. Si vous avez mal vécu votre accouchement et que vous avez eu la sensation de le subir, ne gardez pas ça pour vous. Il faut en parler et comme je le dis plus haut, poser des mots sur vos maux (je trouve cette expression très belle et parlante.). Des équipes peuvent vous accompagner, demandez conseil à votre sage-femme ou à votre médecin. 

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Le lendemain de l’accouchement.

 

 

6 Replies to “Mon accouchement : ce jour gravé à jamais dans ma chaire.”

  1. Avec ma petite expérience, c’est vrai que ça ressemble à un accouchement difficile. Les forceps, je pense que ça fait peur à toutes les futures mamans.
    Tu as bien géré, je trouve et on peut comprendre que tu ais eu besoin de temps pour « accepter » ton accouchement.
    J’ai accouché 4 fois et 4 accouchements très différents (déclenché/spontané, avec/sans péri, etc). Je te souhaite un accouchement plus serein si vous agrandissez un jour la famille.

    Aimé par 2 personnes

  2. Coucou !!
    Moi aussi pour Thibault j ai eu un accouchement compliqué il m ont fait rentré 1 jour avant contraction sur contraction. Et déclencher que le jour d après à 6h00 pour accoucher à 18h00 toujours à jeun bien sûr et une fatigue intense .une épisiotomie également alors que la péridurale n’a pas fait effet et on ressent tout c est juste l horreur ….
    Mais l équipe était super , mon homme aussi heureusement…
    Parfois les prises en charge sont compliqués !!!
    Ma dernière expérience a été une grossesse extra utérine et ça été le jour le plus cauchemardesque de ma vie …
    La vie est faite ainsi, la vision du soins n’est pas la même pour tous 😊
    A bientôt

    Aimé par 1 personne

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