À toi mon fils. 

Le quotidien et l’actualité me font régulièrement modifier mon programme sur le blog. Aujourd’hui, je n’avais pas le cœur à écrire un article « classique ». J’avais juste envie de laisser une trace de ce que je ressens, après les événements tragiques d’hier soir, à mon fils.

À toi mon fils. 

Depuis hier soir, des images terribles tournent en boucle sur toutes les chaînes d’info. Un nouvel attentat vient d’être perpétré dans notre pays. Depuis hier soir, j’ai une boule dans le ventre. Cette même boule au ventre qui s’est installée pour la première fois dans les années 90, sans que je ne sache réellement pourquoi à l’époque, étant donné mon jeune âge. Je me rappelle surtout de cette drôle de sensation quand nous étions accueillis tous les matins à l’école par des dizaines de gendarmes, le terroriste se cachant dans notre département. 
Puis en 2001, cette boule au ventre a grossi un peu plus, un 11 septembre pour être exacte. Ce jour-là, en rentrant du lycée, je me suis retrouvée devant mon écran de télé, pensant pendant quelques instants regarder un film catastrophe, avant de me rendre compte de l’horreur qui était en train de se produire en direct sous mes yeux. Je suis restée des heures devant ces images, les yeux brûlants de larmes, essayant de comprendre comment cela pouvait se produire. 
2012, 3 militaires et 4 civils, dont 3 enfants (des enfants bordel!) sont tués à Montauban et Toulouse. Comment peut-on abattre froidement des gens, des enfants, en les regardant ? Je ne comprends pas. 
Puis un matin de janvier 2015, pendant un jour de repos, je reçois une alerte sur mon téléphone. Une attaque en cours chez Charlie Hebdo. Une attaque ? Quelle attaque ? Comme les dernières fois, j’allume la télé, devant laquelle je vais rester pendant des heures, et même des jours, à suivre chaque nouvel événement. Comme tout le monde, je pleure. Comme tout le monde, je suis Charlie. D’ailleurs, je serais présente lors d’un rassemblement, aux côtés de personnes que je connais, ou non, pour crier que je n’ai pas peur et que je vais continuer à vivre. Mais cette boule au ventre prend un peu plus d’ampleur. 
Novembre 2015, le 13 pour être exacte. Je m’en rappelle comme si c’était hier. Papounet et moi sommes sur un salon, à flâner dans les allées, à la découverte des stands en profitant de la vie. Quelques heures après, en montant dans la voiture, c’est l’horreur. Une attaque de masse est en cours à Paris. Je reçois des sms d’amis de toutes parts. Nous rentrons à la maison, la radio qui diffuse en boucle dans l’habitacle ce qui est en train de se dérouler. Une fois à la maison, je vais passer des heures à regarder ces images terribles, à écouter ces témoignages terrifiants, à échanger par sms avec des amis qui ne se sentent pas bien. Moi non plus je ne me sent pas bien. La boule au ventre gonfle encore. Cette fois, elle commence à prendre une place dérangeante. Je pleure. J’ai peur. J’ai mal. 
Quelques mois après, au mois de juin 2016, j’apprends qu’un petit être, a décidé de se nicher au creux de mon ventre depuis quelques semaines. Mon Bibou, tu es entré dans ma vie. Je ne reviendrais pas sur ce que je ressens à ce moment précis, mais tu t’installes là, à côté de cette fameuse boule qui grandit depuis quelques années maintenant, mais qui sait se faire très discrète jusque-là. 
Le 14 juillet suivant, étant secouriste, je vais avec Papounet sur le dispositif prévisionnel de secours organisé pour un feu d’artifice. Comme à chaque fois, l’ambiance est bonne et le partage est au rendez-vous. J’abandonne mes collègues, car la grossesse me fatigue déjà, mais ça, ils ne le savent pas encore. Au moment où nous montons dans la voiture avec Papounet, je reçois une alerte sur mon téléphone, annonçant qu’un véhicule venait de foncer sur la Promenade des Anglais à Nice. À ce moment-là, on ne connaît pas encore l’ampleur des événements, et s’il s’agit d’un accident ou d’autres choses. S’en suivent des échanges téléphoniques, par sms et par mails avec mes collègues encore sur le terrain. J’essaie de prendre des nouvelles d’amis Niçois et de tes grands-parents qui habitent dans le sud. 
Encore des heures passées devant les écrans à tenter de comprendre ce qui se passe. Je ne peux plus retenir mes larmes qui coulent à flots. Des enfants sont morts. Des enfants innocents qui regardaient un feu d’artifice. Un monstre a osé enlever la vie à des enfants. Je ne comprends pas. Et la boule dans mon ventre devient énorme. Ce jour là, tout est différent. Je suis enceinte. Dans quelques mois, je vais te donner la vie. Mais comment est ce que je peux faire ça ? Comment je peux te mettre au monde dans CE monde ? Comment pourrais-je vivre normalement avec toi ? Est ce que nous irons voir des feux d’artifice ? Est ce que j’oserai t’emmener dans des grands événements ? Des tonnes de questions tournent dans ma tête sans que je puisse trouver les réponses. À cet instant, je comprends que rien ne sera plus jamais pareil pour moi. Je vais devenir maman dans ce monde fou !
Depuis 2015, de nombreux attentats ont eu lieu en Europe et en France. Ils ont fait de nombreuses victimes innocentes. Même aller faire ses courses à la campagne peut devenir risqué. Cette boule au ventre grandit à chaque fois un peu plus. Je ne peux plus m’empêcher de pleurer à chaque nouvelle annonce d’attentat. Systématiquement, je ne pense qu’à toi. Toi, mon fils, mon enfant, mon petit bébé qui n’a rien demandé à personne. Parfois, je culpabilise de savoir que tu vas grandir dans ce monde. 
Hier soir, le 11 décembre 2018, l’horreur est encore entrée dans nos vies et c’est une nouvelle fois un symbole fort qui a été visé, les fêtes de Noël. Le superbe marché de Noël de Strasbourg, un événement historique où la magie de Noël prend tout son sens, a été la cible de la folie humaine. Encore une fois, je pleure. Encore une fois, des questions me hantent. J’ai peur pour toi. J’ai peur pour nous. Tu es encore trop jeune pour comprendre ce qui se passe, mais un jour, je devrais t’expliquer tout ça. Comment m’y prendrais-je ? Comment, alors que moi-même je ne comprends pas réellement, je pourrais t’expliquer ce qui se passe ? 
Je n’ai pas la réponse. J’espère que je trouverais les mots justes. J’espère que nous pourrons vivre de beaux moments sans avoir la peur au ventre. J’espère que cette boule d’angoisse qui m’habite depuis des années ne me fera pas devenir une maman surprotectrice. 

Aujourd’hui, je ne suis certaine que d’une chose mon fils, JE T’AIME. Ton papa et moi t’aimons plus fort que tu ne pourras jamais l’imaginer. Nous serons là pour toi le plus longtemps possible et nous essaieront de te protéger au maximum de la folie de ce monde. Nous essaierons de te permettre de grandir avec des yeux et des rêves d’enfant, et pas avec des images d’horreurs. 

 

Manoë, je t’aime !

Manoë je t'aime.jpg

10 Replies to “À toi mon fils. ”

  1. Très bel article. Je ne sais pas si on peut mettre des photos ! Mais il est 5h43, je bois mon café et je pleurs. Des moments malheureux encore bien présent dans nos coeurs. Ça va donc jamais s’arrêter !

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  2. Margaux est née le 12janvier 2015. J ai ete déclenche et toute la journee du 11j etais dans une chambre avec comme seule chaine bfm et la marche pour charlie hebdo. J ai pleure d angoisse de mettre au monde ma fille dans un monde pareil. Rien qu en.ecrivant ce commentaire je me rapelle ce que je ressentais, et cette nuit du bataclan devant ma télé avec mon bébé qui dormait a l etage ou je me demandais comment allais etre la.vie de ma fille.

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